C'était une nuit paisible, déjà bien avancée. Rien n'aurait pu laisser supposer qu'elle serait différente des autres…Quelques robots patrouillaient, comme à l'accoutumé. Par soucis de discrétions, il s'agissait de robots-caméléons qui ne devenaient visibles que pour lancer leurs attaques. Ils étaient postés aux pieds d'une falaise, entourant un bloc de pierres qui obstruait une crevasse. Ce bloc de pierres, bien qu'admirablement façonné, ne pouvait résister à un examen attentif. Quiconque le scruterait à la loupe s'apercevrait inévitablement qu'il était de métal et non de roche. Mais personne ne pouvait tirer de telles conclusions sans être sur place. Or, les robots en faction veillaient justement à ce que cela n'arrive en aucun cas. Un bruit à quelques mètres d'eux les fit tourner la tête. Quelque chose ou quelqu'un s'était tout bonnement jeté du haut de la falaise et atterrissait près d'eux, sa chute ralentie par les réacteurs qu'il avait dans le dos. Le nouveau venu se redressa et marcha lourdement vers les gardes. Il possédait le nombre standard de bras et de jambes propre à la plupart des espèces vivantes, mais sa tête soudée à son torse, sans cou ni épaules, ainsi que sa démarche mécanique trahissaient sa nature : c'était un robot. Ses grands bras soutenaient un amoncellement de câbles, de fils électriques et d'outils. Arrivé auprès de la crevasse, il se mit à « parler » à la manière de la plupart des robots, c'est à dire qu'il émit une série de sons propres aux machines, entrecoupés çà et là de phrases dénuées de sens. Ce charabia devait néanmoins avoir une signification, car le bloc de pierres s'ébranla brusquement. Une partie du métal qui le constituait se détacha du reste, dévoilant une porte coulissante qui s'ouvrit dans un chuintement. Le robot se trouva alors face à un long couloir de métal qui s'enfonçait dans la falaise et dans lequel il s'engagea rapidement, sans un regard derrière lui. La porte se referma immédiatement après son passage et le bloc se remit en place. Dehors, rien ne bougeait. Le robot poursuivit son chemin, d'abord le long du couloir, puis à travers un véritable dédale d'escaliers et de portes, de chemins et d'ascenseurs. Tout était noir et métallique mais, contrairement au premier couloir, brillamment éclairé par des néons accrochés au plafond. Sur chaque porte et sur chaque ascenseur, on pouvait voir un logo gravé dans le métal, représentant un visage rond et chauve, grimaçant derrière son épaisse moustache. La base n'était pas désolée, loin de là. On ne pouvait faire un pas sans croiser un robot qui allait ici ou là au pas de course. Il y en avait partout, grouillants de tous côtés telle une colonie de fourmis : une formidable pagaille en apparence, mais un ordre militaire en vérité. Mais, au milieu de tout cela, on ne voyait pas un seul être vivant… Le robot ne se préoccupait nullement de cette activité fiévreuse. Il emprunta plusieurs couloirs suivants tous la même ligne droite, s'enfonçant de plus en plus profondément dans la falaise. Il prit ensuite plusieurs ascenseurs qui l'entraînèrent dans les sous-sols. L'ambiance n'était pas la même ici. Le nombre de robots avait fortement diminué, on n'en voyait que quelques-uns uns qui se déplaçaient le plus silencieusement possible. Des sentinelles étaient postées devant chaque porte, gardant un œil sur tous les individus qui entraient et sortaient. Chaque mètre carré de la base était surveillé en permanence par une caméra qui restait toujours fixe, ne laissant aucun angle mort. Alors qu'aux étages supérieurs, on avait les tympans percés par le vacarme des machines qui travaillaient, babillaient des ordres et faisaient résonner le métal sous leurs pas, ici le silence était oppressant. On ne pouvait entendre que le bruit lent et régulier de quelque chose qui devait être un générateur. Une sorte de râle profond et continu, comme un géant à l'agonie. Le robot marcha pendant plusieurs minutes à travers la base, dépassant de nombreuses portes blindées et gardées, toujours sous l'œil de nombreuses caméras de surveillance. Il atteignit finalement une porte plus haute que les autres, tout au bout du couloir. Celle-ci était gardée par une dizaine de robots, des E-2000 armés de lasers. Ces robots étaient les meilleurs que l'on pouvait trouver en série actuellement, et comptaient parmi les seuls capables de se défendre et d'attaquer alternativement. Ils s'écartèrent de quelques pas en voyant arriver leur congénère cybernétique. La porte en elle-même était impressionnante. Haute d'une dizaine de mètres, elle était épaisse de cinq mètres environs. Le métal qui la constituait semblait presque trop lourd pour que le sol le supporte. Le robot ne perdit toutefois pas de temps à en admirer les détails. Il s'approcha du tableau de commande et tapa une suite compliquée de quarante chiffres et lettres. Une fois le code tapé, une petite lumière verte s'alluma au sommet de la porte. Celle-ci s'ébranla dans un vacarme infernal, se séparant en deux moitiés qui s'enfoncèrent dans les murs. La salle qui se dévoila était, comme le reste de la base d'ailleurs, toute de métal noir, éclairée d'une violente lumière blanche. Seules deux portes permettaient d'y accéder : la principale, celle par laquelle était entré le robot et une seconde, qui donnait directement sur l'extérieur, gardée du dehors par toute une escouade de robots-caméléons. La salle était très haute, le plafond en forme de dôme traversé de quelques poutres métalliques et percé en son centre par un énorme pilier qui, pourtant, n'était pas nécessaire pour soutenir le tout. Ce pilier était de verre épais, rempli d'un liquide bleu qui tournoyait en montant vers le plafond. Sa base, qui était de métal, était couverte de boutons et d'écrans de contrôle. Elle contenait également sept anfractuosités où étaient placées sept émeraudes de couleurs différentes. C'était de ce pilier que venait le râle profond. C'était assurément un générateur. Près du générateur, il y avait une grande table de travail, encombrée de fils électriques qui montaient jusqu'au plafond, autour de laquelle des dizaines de robots s'affairaient. Tous ces robots étaient menés par un gros homme moustachu qui vociférait des ordres. Le robot s'approcha de la table de travail et déposa ses outils sur l'un des bords, puis il s'en alla rapidement. Eggman se frotta les mains. Enfin ! Enfin, il y était ! Ces outils qu'on venait de lui apporter suffiraient à terminer son projet. Depuis le temps qu'il cherchait ! Il avait passé des semaines, peut-être même des mois, à rassembler toutes les Chaos Emeralds dans la plus grande discrétion. Des semaines encore il avait passé dans les profondeurs de cette base, à réparer cette arme destructrice découverte par son grand-père. Il jeta un coup d'œil sur la table de travail d'un air satisfait. Dessus reposait un petit robot ocre, qui semblait être en pierre plutôt qu'en métal. Son corps, mis à part sa tête, était humanoïde. Celle-ci, toute ronde, avait en guise d'yeux deux pierres turquoises et possédait une corne orange sur le front. Tout cela ne paraissait pas bien dangereux…Mais Eggman savait, par son grand-père, que ce robot appelé Gizoïd avait le pouvoir d'utiliser l'énergie des Chaos Emerald, et de copier les techniques de ses adversaires. Plus le Gizoïd combattait, plus il devenait puissant. Cette puissance qui grandissait sans cesse, ajoutée au pouvoir des Chaos Emeralds, devrait rendre ce robot très rapidement invincible ! Quoi de mieux pour conquérir le monde ? Et maintenant, le Gizoïd était réparé. Plus rien ne pouvait l'arrêter. -Je vais ENFIN pouvoir créer mon empire ! S'exclama joyeusement Eggman. Le Gizoïd asservira le monde et cette fois, Sonic, tu ne pourras pas m'en empêcher ! -Sans blague, Doc ? ! Le savant sursauta. Cette voix goguenarde, il l'aurait reconnue entre mille. Mais c'était impossible ! Il ne connaissait pas l'existence de cette base ! Il n'avait pas pu entrer par la seconde porte outre les robots de garde ! C'était impossible ! Il releva lentement la tête. Assis sur l'une des poutres du plafond, balançant ses jambes dans le vide, un petit hérisson le regardait d'un air moqueur. Il était bleu, un peu rebondis, et avait de grands yeux verts malicieux. -S…SONIC ! ! ! Hurla Eggman. Mais c'est impossible ! Les gardes… -Oh, vous voulez dire ces boîtes de conserves à tête d'iguane ? Demanda le hérisson d'un ton faussement surpris. On va dire qu'ils ont fait une sieste… Il désigna la table de travail et reprit en riant : -Et c'est avec CA que vous comptez conquérir le monde, Doc ? Franchement, c'est décevant ! J'ai juste le temps de m'en occuper avant le petit déjeuner ! Il est déjà tôt, vous savez… -TU NE SAIS PAS DE QUOI EST CAPABLE CE ROBOT ! ! ! ! ! ! Coupa le docteur, hors de lui. Avec les Chaos Emeralds que j'ai patiemment récupérées, il sera invincible ! Tu ne pourras jamais le battre ! ! -O.K. Merci pour l'info ! Donc, tout ce que j'ai à faire, c'est de prendre les émeraudes ! Il se redressa soudain et sauta sur une nouvelle poutre avec souplesse. Eggman resta un instant paralysé de fureur, puis il se reprit et se mit à vociférer : -ALERTE GENERALE ! TOUS LES ROBOTS DANS LA SALLE DU GENERATEUR ! DETRUISEZ CE HERISSON ! Les robots de gardes accoururent, surgissant de la porte principale dix par dix. Ils parurent un peu déboussolés mais, obéissant aux ordres de leur maître, ils se mirent à tirer un peu partout, détruisant les poutres et imprimant de grosses marques de lasers sur les murs. Eggman les encourageait de vive voix, leur hurlant de tirer ici ou là, les injuriant devant leur maladresse. Sonic, lui, semblait s'amuser comme un fou. Il sautait tantôt sur une poutre et tantôt sur un robot, leur adressant des grimaces et riant à gorge déployée : -Eh, les gars, c'est tout ce que vous avez ? ! Par ici, boîte de conserve ! Youhou, je suis là ! Les robots semblaient totalement dépassés par la vitesse de leur ennemi. Celui-ci bondissait partout, ne restait jamais au même endroit plus d'une seconde, esquivait les attaques avec une insouciance incompréhensible. Ne sachant pas où tirer, ils tiraient partout et n'importe où, détruisant tout ce qui passait à leur portée. Sans avoir eu à utiliser une seule de ses attaques, Sonic s'était de cette manière débarrassé de la moitié de l'armée. Au bout de quelques minutes, il regagna l'une des poutres, fit une pirouette pour éviter un missile, puis il s'immobilisa et dit avec un sourire mystérieux : -J'y suis presque ! Il ne me reste plus qu'une seule chose à faire ! Ce sera soit le plus dur…(son sourire s'élargit) soit le plus simple… Et, brusquement, il fit volte-face et s'enfuit en direction de la seconde porte. Eggman resta abasourdit quelques instants. Il était parti ! Il était parti sans prendre les émeraudes ! Et juste après avoir dit qu'il y était presque, comme si cela ne suffisait pas ! Ce hérisson était incompréhensible ! Il jeta un coup d'œil dans la salle. Il y avait des carcasses de robots un peu partout, et les murs auraient bien besoin d'être restaurés. Mais la table de travail et le générateur étaient tous deux intacts. C'était l'essentiel. -Bon, grommela-t-il à l'adresse des robots rescapés, rangez-moi toutes ces pièces détachées, je m'en occuperai plus tard ! L'important, c'est que ce hérisson n'ait pas… Il n'acheva pas sa phrase. Hébété, il regardait dans la direction du générateur. C'était impossible, impossible, et pourtant…Eggman poussa un cri de rage. Les Chaos Emeralds ! Elles avaient disparu ! Sonic avait dû les prendre pendant qu'il feignait de s'amuser avec les robots ! Un ralenti des images prises par les caméras de surveillance lui montrerait certainement la façon dont il s'y était pris. Mais pour l'instant, il avait quelque chose à vérifier. Le savant s'approcha de la seconde porte. Il fallait bien vérifier si les robots-caméléons étaient tous détruits, et si les pièces étaient récupérables ! Mais, devant la porte, il s'immobilisa, catastrophé. Pendant quelques instants, il crut vraiment qu'il devenait fou. -C'est impossible…Souffla-t-il pour l'énième fois. Impossible… La seconde porte, celle par laquelle Sonic était arrivé et par laquelle il s'était enfuit, la seconde porte était fermée. Elle n'avait jamais été ouverte.
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