| Fiche technique | - Japon | Nom | Chaotix | | - | Date de sortie | 21 Avril 1995 | - Amérique | Nom | Knuckles' Chaotix | | - | Date de sortie | 22 Mars 1995 | - Europe | Nom | Knuckles' Chaotix | | - | Date de sortie | Mai 1995 |
| Système | Super 32X | | Développé par | Sega of Japan | | Genre | Plate-forme |
| La genèse : le "In Between" 32X |
La jaquette Européene du jeu | | La jaquette Européenne du jeu | |
Les coulisses de Chaotix sont étroitement liées à celles de la 32X. La 32X, parue en Europe à la fin du mois de Janvier 1995, était une extension en forme de champignon qui se greffait sur la Megadrive. Semblable au Mega-CD dans son utilisation mais au format cartouches, cet add-on auto-proclamé comme première 32 Bits du marché fut un échec ludique et commercial sans précédent pour SEGA. Les causes de ce plantage intégral se révèleront nombreuses mais la principale fut de type organisationnelle : essentiellement bâti sous la houlette de SEGA Of America, et ce sans le soutien réel de SEGA Of Japan qui pour sa part penchait déjà le menton sur l'imminente Saturn, le projet 32X n'a jamais pu s'entourer de développeurs tiers en nombre. La 32X ne comptera avant sa mort précoce que 37 jeux recensés internationalement dont certains presque introuvables : en outre, les rares réussites incontestables du lot s'avèreront être des conversions de classiques arcade telles que Virtua Racing Deluxe ou After Burner 32X. Avec ses deux processeurs Hitachi SH-2, la 32X avait pour ainsi dire l'ossature de la Saturn, mais cadencée à une fréquence inférieure : sa volonté non-affichée était de pulvériser la Super NES de Nintendo. Elle avait toute la technologie nécessaire pour, mais décidément pas le personnel, ni les auspices, ni la créativité.
La jaquette Américaine du jeu | | La jaquette Américaine du jeu | |
Durant ce marasme, une équipe japonaise en retrait des grandes affaires de la firme va tenter le tout pour le tout : la 32X pourrait peut-être être sauvée, au moins sur le sol américain, avec un Sonic inédit dans son catalogue chétif. Les développeurs reprennent des travaux récents destinés à un hypothétique Sonic The Hedgehog 4 sur Megadrive : ces travaux revêtent la forme d'un prototype intitulé Sonic Crackers, où Sonic et Tails évoluent attachés l'un à l'autre par une énergie élastique tout au long de deux niveaux ultra-colorés. Le concept est conservé, de même que plusieurs éléments de level-design, et l'annonce du jeu parvient rapidement à la presse : on se garde toutefois bien de signaler le changement de plateforme intervenu au dernier moment, d'autant que ce genre d'anecdotes a tendance à inquiéter à raison les journalistes. Les détails de la création de Chaotix, de même que les unités de SEGA réellement impliquées dans le développement demeurent assez flous : jeu maudit par excellence, il est un épisode dont la société et dont Yuji Naka n'apprécient pas beaucoup discuter. La raison pourrait être que ce jeu fut prié de se sacrifier en dernière instance au nom des intérêts de la Saturn. En effet, Sonic et Tails initialement jouables furent gommés du jeu final. Le sprite de Sonic se vit bizarrement remplacé par celui assez similaire de Mighty, tandis que celui de Tails fut purement et simplement éliminé. Aujourd'hui encore les fans ne savent pas trop quoi penser des motifs d'un tel suicide commercial : pourquoi avoir évincé Sonic de l'argumentaire marketing du jeu ? Si aucune réponse officielle n'a jamais été apportée par les concernés, une partie du fandom défend une théorie qui, compte tenu de l'histoire américaine de la 32X, peut faire sens : SEGA Of Japan et Yuji Naka lui-même auraient demandé à ce que Sonic et Tails soient remplacés par les moins célèbres Knuckles et Mighty, et ce afin de ne pas faire de Chaotix un évènement contraignant la visibilité de la Saturn, alors priorité du groupe. En d'autres termes, Chaotix devait être un succès, pour l'intérêt de SEGA Of America qui avait misé gros sur la 32X. Mais de préférence un tout petit succès, pour l'intérêt de SEGA Of Japan qui privilégiait déjà la Saturn ! Conçu trop rapidement sous des conditions improbables et intenables, Chaotix traduit de manière éloquente les rapports de rivalité qui existèrent entre les équipes américaines et japonaises de SEGA à l'époque où émergeaient les premières 32 Bits. Des relations tendues qui se prolongèrent également quelques années sur Saturn, et souvent d'ailleurs sur l'épineux sujet des jeux affiliés à la saga Sonic.
La jaquette Japonaise du jeu | | La jaquette Japonaise du jeu | |
En dépit des calculs des uns et des autres, Chaotix sera de facto un échec : associé à une extension peu vendue mais souvent revendue, il suivra aussitôt le chemin de sa déchéance. Considéré comme un jeu très moyen par la presse de l'époque, sa notation oscillant entre 60% et 80%, Chaotix aurait surtout eu besoin de plusieurs mois de développement supplémentaires pour se hisser au niveau de ses illustres prédécesseurs, et d'un hérisson bleu sur son emballage pour faire davantage parler de lui. Ironiquement, Chaotix est aujourd'hui un bon jeu au vu des standards actuels de la saga, et l'un des plus chers, sinon le plus cher, à se procurer en état complet. Il est aussi l'un des très rares spécimens créés spécialement pour la 32X et dépassant le simple statut de jeu correct.
| L'histoire : les aventures de Knuckles |
Centré sur Knuckles et ses amis circonstanciels, Chaotix est le premier spin-off de la franchise. Paru peu avant les deux aventures en solo de Tails sur Game Gear, et dix années avant la consécration de Shadow à travers son propre jeu sur 128 Bits, Chaotix mettait pour la première fois sur le devant de la scène un autre personnage que Sonic, hérisson bleu relativement absent du résultat final.
La cartouche Européene du jeu |
L'histoire se déroule quelques mois après la conclusion de Sonic & Knuckles. Un jour anodin, un tremblement de terre sous-marin agite à nouveau la vie de solitaire de Knuckles. Une seconde île flottante vient de surgir des eaux, présentant certains points communs avec celle sur laquelle il réside depuis toujours. Constatant que la Master Emerald réagit curieusement face à cet évènement, Knuckles en déduit que l'île mystérieuse doit également posséder certains vestiges de la civilisation des échidnés qui l'ont précédé. Il part enquêter sur place quelques jours plus tard, à la recherche des reliques qui semblent amplifier le pouvoir de la Master Emerald. Déjà sur place, le Dr. Eggman a un train d'avance sur Knuckles. Il vient de découvrir un Ring extraordinaire que l'ancienne civilisation utilisait en harmonie avec la Master Emerald, un Chaos Ring capable d'ouvrir des brêches dimensionnelles et de puiser l'énergie des émeraudes à distance. Ravi d'avoir trouvé ce raccourci pour s'approprier la puissance des pierres précieuses, le Dr. Eggman paralyse aussitôt ceux qui tentent de s'interposer dans des capsules Combi-Confiners. Assisté de Metal Sonic, il établit sur l'île une nouvelle base en forme de parc d'attractions, Newtrogic High Zone. Les dénommés Vector, Espio, Charmy Bee et Mighty, chacun sur les lieux pour des raisons différentes, ont ainsi été fait prisonniers pour parer à toute menace compromettant le plan du Dr. Eggman. C'était sans compter sur Knuckles qui fraîchement débarqué sur l'île trouve un moyen de les délivrer tour à tour en se connectant à eux par le biais de rings spéciaux. Newtrogic High Zone n'a qu'à bien se tenir !
La cartouche Américaine du jeu |
Le manuel américain et européen pour sa part raconte, comme souvent, une toute autre histoire, complètement stupide et qui ne s'inscrit dans aucune continuité. La seconde île flottante est désignée sous le nom de Carnival Island, et Knuckles en est nommé le gardien comme si de rien n'était. Le Dr. Eggman n'est plus le concepteur du parc d'attractions, au contraire il vient pour le réduire en cendres tandis que Knuckles et ses amis combattent pour que la date d'ouverture de Carnival Island ne soit pas repoussée ! Le sens de la dramaturgie de SEGA Of America a ici de quoi laisser pantois. Bref, inutile de préciser que l'histoire officielle de l'opus est celle tissée par les sources japonaises.
La cartouche Japonaise du jeu |
Il est intéressant de noter qu'à défaut d'avoir été un best-seller, Chaotix est un jeu qui a considérablement marqué l'histoire de Sonic aux Etats-Unis. En effet, l'éditeur américain Archie publia en kiosques en Novembre 1995 un comics spécial entièrement dédié à Chaotix. Dans cette adaptation très libre et peu convaincante du jeu, les lecteurs réguliers du comics Sonic The Hedgehog découvraient pour la première fois Knuckles s'associant avec de nouveaux personnages pour former une alternative aux Freedom Fighters, les Chaotix : Vector, Espio, Charmy Bee et Mighty. Tandis que ces quatre protagonistes disparaissaient aussitôt des jeux, ils s'imposaient immédiatement comme des favoris du public dans le comics. Certains comme Mighty furent bientôt autant appréciés par le fandom américain que des célébrités telles que Sonic ou Knuckles, et la petite équipe issue du jeu 32X investit durant trois ans le comics Knuckles The Echidna en tant que casting régulier. L'intérêt porté à ces personnages de second voire de troisième rang aux Etats-Unis fut si important que la Sonic Team ressuscita à l'improviste Vector, Espio et Charmy lors du jeu Sonic Heroes, leur confia un petit rôle dans Shadow The Hedgehog et leur consacra une poignée d'épisodes dans la série animée Sonic X. Les dénommés Chaotix eurent également leur moment de popularité dans le comics Sonic The Comic de l'éditeur anglais Fleetway qui tenta avec succès de suivre la vague américaine. En 2006, les trois compères continuaient toujours d'apparaître de temps à autres dans les comics Sonic The Hedgehog et Sonic X publiés par Archie. Vastes conséquences pour un jeu Chaotix passé totalement inaperçu !
Newtrogic High zone ou Carnival Island |
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